un dimanche à Lyon...ou à Étretat ?

Plutôt que de courir les marchés de Noël, je me décide à rentrer dans le jardin cloître du musée des beaux-arts, directement connecté à Normandie du 19e siècle 


Au départ il n'y a pas grand monde pour admirer la mer, 
à part Eugène Isabey et ses aquarelles minérales.


Le trou du chaudron, milieu 19e siècle 

Et puis papa Hugo qui aime le grandiose est venu respirer les embruns 
et les retranscrit en carnet de voyage :


Un certain Delacroix pointe son nez..
On reconnaît mieux ici sa palette romantique.

Comme c'est drôle de voir réapparu ce village de Valmont où j'enseignerais en 1990. Le collège...Delacroix dont les élèves étaient plus nombreux que le nombre d'habitants de la commune. J'espérais prendre le train quotidiennement de Rouen mais en voyant au mois d'août les longues graminées strier les traverses de métal, j'ai compris que le chemin de fer qu'avait dû prendre Delacroix resterait muséal...





Aux noms que je ne connais pas, ajoutons-en d'autres, par exemple Giovanni Boldini, Retour des bateaux de pêche à Etretat en 1879 

ou bien un peintre installé dans le village, Eugène Le Poittevin, qui peint même en triptyque horizontal la devanture de l'auberge. Tous deux font dans le pittoresque. Ce sont les citadins qui font aussi un retour...vers la campagne et la vie "primitive". Ci-dessous, Les Bains de mer, 1865. Grâce à une charrette, on se baigne "à la lame". 



Et voilà Courbet, vers 1870, qui peint quelques ciels bleus
 avant de se retrouver dans la tempête et de jeter 
une belle série de vagues et de trombes 
qui se déploient dans la dernière salle du rez-de-chaussée, 
venant de divers continents 
(ou collection particulière : une sorte d'Atlantide aussi !)


Vague aux trois voiliers, après 1970


Finalement cette tempête lui a permis 
d'être différent de tous les autres, 
d'une autre façon que Corot 
qui se tourne résolument vers l'intérieur du pays  
(une once de bleu vers le point de fuite) : 


Et puis l'exposition se poursuit vers les espaces merveilleux du regard de Monet.
Il vient en famille ; j'ai effacé la photo du tableau complet pour ne conserver que le dessous de table :





Rien n'est plus fascinant que ces lumières sur la Manche. 
On s'approche en barque du pied d'éléphant avant de s'éloigner vers la terre 



Reconnaissez-vous ci-dessus dans son apparat d'été la fameuse "ferme des Artistes" sur la falaise d'Amont où Monet a figé une pie sur un espalier ?
J'ai traversé deux ans chaque jour le pays de Caux, de Rouen à Valmont et, malgré la douceur habituelle d'un climat que la mer infléchit, j'ai connu un hiver de tempêtes de neige (1990 ? 1991 ?)


Encore Monet, dans une variation végétale qui préfigure les tentures
ou les papiers peints de l'art Nouveau. 
Eugène Grasset fait ce qu'il appelle 
des "traductions ornementales" des falaises : 

On trouve un tableau d'Eugène Boudin vers 1890 : 

Jean Francis Auburtin (que je ne connaissais pas) est un admirateur de Puvis de Chavanne et du japonisme. Il mélange crayon, aquarelle, encre dans ses tableaux. 
Etretat, la Manneporte (1898) ci-dessus. Ou un autre détail du même artiste ci-dessous :



Comme ce paysan peint par Caillebotte, on quitte doucement le XIXe.
,
Homme en blouse, dit Le père Magloire, 1884

Tant de peintres se retrouvent face au rivage. 

Maurice Denis et ses Jeunes femmes contemplant la falaise d'Amont (1904) :

Vallotton, et son 14 juillet chaumé : les pêcheurs
papotent sur leur bateau.
(1899) Vallotton, jeune marié, loue un château où il reçoit entre autres Vuillard. 

Les citadins goûtent l'eau ... à 18°c en été !

Et puis Braque qui a vécu sa jeunesse au Havre mais s'est plutôt tourné vers la Méditerranée, 
 revient à la Normandie et à l'angle traditionnel du paysage d'Etretat  : 
1930, porte d'Aval ... un an plus tard, il achète à Varengeville.



Matisse avec ou sans Marguerite  :



Requins de mer vus par Matisse en 1920 ; il paie un enfant 
pour arroser les petits requins
et les peindre toujours vivants : 


Et d'autres que je ne connais pas. Merci le cartel (mais que j'ai déjà eu
l'occasion d'admirer avec d'autres paysages au musée de Mulhouse. 



D'ailleurs 'exposition laisse aussi de la place aux photographes des
premiers temps d'ÉTRETAT. Ceux qui permettent de mieux comprendre
la spécificité de ces bateaux qui ne connaissent pas le port, sont tractés sur les cabestans
puis métamorphosés en cabane en les coiffant de chaume une fois que le bois de la coque a fait
son temps...
A cela j'ajouterai une  dernière photographie presque abstraite d'Elger Esser
Une pierre paysage ...mais ce sera pour une prochaine expo avec Caillois.


















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