En transit Gare d'Orsay

 Puisqu'il faut passer de Saint-Lazare à la Gare de Lyon pour relier la Normandie et la capitale des Gaules, j'ajoute une escale dans la gare d'Orsay ; les sans-billets ont le temps grâce à la file d'attente de regarder les bronzes colonialistes représentant chaque continent par une femme aux seins de République et le déroulé du menu des expositions temporaires. 

Venue pour Caillebotte, je me retrouve à courir trois lièvres à la fois...


Caillebotte, Peindre les Hommes


Si j'avais mieux lu l'intitulé de cette exposition, j'aurais compris avant de découvrir tous ces Môssieurs en frac noir de trottoir que le taux de testostérone des toiles serait aussi élevé ! Décidément, Caillebotte (1853-1910) n’a peint que du muscle ou de la bedaine. C’est au point qu’une vitrine expose les chapeaux melons, les hauts-de-forme et les redingotes au même titre que les esquisses préparatoires des tableaux ouvriers, qu’ils soient raboteurs de parquet ou peintres en bâtiments. 

 



En omettant l’aspect moral, je donne ma préférence aux points de vue en plongée.


 Ces hommes que le peintre regarde face à face (comme son ami dont j’ai mangé le nom- à propos de nourriture, j’ai appris en recherchant vainement son identité que le patronyme caillebotte renvoie au nom d’un dessert !!!) se penchent sur les grands boulevards et inventent la « photographie aérienne ». 



Je termine par cette photographie de Gustave Caillebotte et Bergère sur la place du Carroussel (février 1892) qui me le rend éminemment plus touchant…


Harriet Backer (1845-1932), la musique des couleurs

Derrière moi, deux jeunes filles en école d'art promenaient leur discussion sur les petits copains et une toile vierge en attendant leur tour pour rentrer au musée. Je croyais qu'elles venaient faire une copie, mais en réalité, ce n'était que leurs emplettes ; en revanche un devoir était imposé : venir photographier une oeuvre exposée de façon temporaire. C'est ainsi que l'une me parla d'Harriet Backer. "Alors, que savez-vous d'elle ? -Oh juste que c'est une peintre Norvégienne", me répond-elle. C'est suffisant pour que je file entre les derniers canotiers de Caillebotte vers les lumières du Nord.

Des teintes heureuses, une lumière particulière, beaucoup de piano et beaucoup de silhouettes féminines pianotant, des ateliers d'artiste à Paris, d'autres femmes peintres et Norvégiennes, des jardins du Nord, et surtout, l'intérieur rougeoyant des maisons, le bois peint, la lumière encore, cette fois dans les églises ou les bibliothèques, elles-aussi devenues territoires sacrés....


 






Bibliothèque de Thorvald Boeck (1902) plus grand collectionneur privé d'Europe
qui vendit sa bibliothèque à la Société Royale de Norvège



Céline Laguarde Photographe, (1873-1961)

Je recopie sans les changer les titres des expositions. Ainsi on peut voir que certains artistes reconnus sont qualifiés par leur seule identité quand d'autres doivent montrer patte blanche par la mention de leur époque ou de leur profession. Il n'empêche que j'ai l'impression que les femmes reprennent la place qu'on leur avait refusée dans les diverses expositions de notre siècle

les portraits deviennent allégories et rejoignent la passion pour la musique de la photographe et pianiste.


Les amandiers en fleurs d'Aix en Provence photographiés vers 1914 me ramènent à Bonnard peignant régulièrement cet arbre de son jardin, en compagnon fidèle et consolateur.

De la magie d'un cartel : d'abord le titre, attirant, à propos de cette sorcière ( et plus tard la poésie aussi de la jeune fille aux cheveux de lin de Debussy) mais ensuite, en regardant de plus près car les visiteurs sont rares. pas besoin dans cette enfilade de salle de faire la queue comme à une caisse pour déchiffrer les petites lettres, je m'aperçois que le motif du cadre en bois figure les ailes des chauve souris....

Sorcière ou Dans les rochers ou La Kabyle (1901)
épreuve sur papier "Charbon-velours"

En bonus, Paul Claudel dont j'aime les poèmes et rien d'autre ( mais qu'est-ce que je connais d'autre à part sa responsabilité dans l'enfermement * de Camille... *Tiens cela commence comme enfer)
Enfin l'entomologiste Jean-Henri Fabre découvert en visitant son monde de L'Harmas, près d'Orange. Le mari de Céline Laguarde faisait le même métier auquel elle apporta sa technique pour photographier les insectes avec autant de style que les nymphes symbolistes de ses débuts.

Fabre, novembre 1913




Portrait de Paul Claudel en 1912, épreuve aux encres grasses
tirage de 1913, ancienne collection Darius Milhaud

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